Claudie Poinsard

La biographie de l'artiste

Métisse-Franco-Camerounaise, Claudie Poinsard est née à Douala, de l’improbable rencontre entre une jeune camerounaise dont la famille a des origines séculaires à Bonapriso et un ingénieur géomètre français issu des terroirs lorrains et provençaux.
De cet acte hors les stéréotypes de l’époque, elle conserve la trace indélébile : « Je suis un de ces nombreux paradoxes dont le hasard de la vie a le secret, révélant ainsi le désordre de la colonisation, là même où cette dernière s’acharnait à vouloir mettre de l’ordre. »

 

La biographie détaillée

La biographie détaillée

Métisse-Franco-Camerounaise, Claudie Poinsard est née à Douala, de l’improbable rencontre entre une jeune camerounaise dont la famille a des origines séculaires à Bonapriso et un ingénieur géomètre français issu des terroirs lorrains et provençaux. De cet acte hors les stéréotypes de l’époque, elle conserve la trace indélébile : « Je suis un de ces nombreux paradoxes dont le hasard de la vie a le secret, révélant ainsi le désordre de la colonisation, là même où cette dernière s’acharnait à vouloir mettre de l’ordre. »

A l’âge de 3 ans, son père l’emmène pour raison de santé, à Aix en Provence, près de ses grands parents paternels. Elle vit une triple séparation, avec sa mère, le pays qui l’a vu naître et son père dont elle est très proche jeune enfant. Scolarisée en pensionnat religieux à Aix puis à Nice, elle fait ses premiers pas dans le dessin, l’utilisant comme recours à la solitude. Cette rupture se commute en une image toujours saillante : « Je me vois encore sur ce bateau immense qui m’emmenait en France. Epreuve douloureuse, mélancolique. Beaucoup de choses se sont jouées dans cette traversée. J’ai parfois l’impression d’être encore sur ce navire …. »

Les retrouvailles imprévues avec sa mère à l’âge de huit ans sont marquantes. A sa sortie du pensionnat, elle vit en France dans la sphère paternelle, puis rejoint, sa famille camerounaise à Paris, où elle termine ses études secondaires. Son oncle maternel est une figure importante, elle admire son talent d’artiste. Son inclinaison pour le dessin et l’art se précise, elle voue une passion aux ouvrages d’art, et représente sur des cahiers les formes maladroites de femmes caricaturées à la séduction inquiétante dans la veine d’Egon Schiele, et des masques.

Jeune adulte, elle part vivre en Allemagne où elle se marie avec Knut Sondergeld. Elle travaille dans une compagnie aérienne, voyage, découvre de nombreux pays étrangers. Victime d’un détournement aérien, elle quitte son emploi, s’installe sur la Côte d’Azur et engage sa carrière artistique. Elle suit des cours à la Villa Thiole à Nice, fréquente assidûment les musées, les galeries. Elle se lie d’amitié avec la peintre Monique Giresse qui lui présente Maryvette Meslin et sa fille Marème. Cette rencontre fait date, Marème Malong Meslin devient un soutien sans faille tant affectif que professionnel. Elle deviendra sa galiériste au Cameroun. Son fils, Régis, né en 1978.

Elle entre à la Villa Arson dans une période où art corporel et peinture s’affrontent. Elle rencontre François Pluchard, créateur subversif du journal « Arttitude », Jean Philippe Vienne, Yoko Gunji , Gérard Eppelé, Noël Dolla, Chave….Ses installations associent culture du déchet et thématique des racines. Elle produit une série d’œuvres mêlant objet de récupération, collage, peinture : « Les chaises longues » et surtout ses « bodybuildings » qui traitent sous l’angle du dérisoire le thème de l’idole et du culte voué au corps. Son « Déjeuner sur l’herbe » est sélectionné pour l’exposition « Germinations Entwicklung » (1982, Paris, Berlin, Hanovre).

En 1981, elle s’installe sur la colline du Peintre Auguste Renoir, à Cagnes/mer, rencontre peu après, le psychanalyste Alain Jouffret qu’elle épousera, et obtient une licence d’Arts plastiques avec le professeur Emeri à Aix en Provence. Son désir de peinture s’affirme et la mène à s’écarter des voies canonisées de l’art contemporain qu’elle ne rejette pas pour autant : Je suis une inclassable, j’aime à explorer parfois des directions multiples, m’acharnant à m’extraire de la répétition comme pour préserver cette oriflamme vivante et précieuse: l’acte du peintre. Tout nouveau support est un prétexte à la trouvaille, à un travail ininterrompu.

Elle entre dans la toute jeune Galerie Lafrache à Cannes et expose avec Anasse, Arman, Coignard, Farhi, Franta, Gaudet, Kaiser, J.J Laurent, Renard, Sylanasse, Télémaque, Vernassa,…. Son travail superpose des propositions de corps en une série de déclinaisons : musiciens, corps de femmes, objets du quotidien encore reconnaissables. Elle est sélectionnée au Salon de la Jeune Peinture au Grand Palais à Paris (1993)

A Antibes, elle travaille la gravure (eaux fortes, carborendum) avec le peintre Gérard Eppelé à l’atelier du Safranier de Dominique Prévost à Antibes (1993-95). Cette technique fait réponse à son besoin de griffer, de scarifier les supports. Le papier, la toile deviennent comme une seconde peau, une enveloppe épaisse. A cette période, elle réalise pour les éditions Tipaza dirigées par Yvy et Gilbert Casula, « Dernier comptoir avant la neige » un livre d’artiste avec le poète Daniel Schmitt. Première étape d’une longue amitié et d’une collaboration de travail toujours vivace qui donne naissance à plusieurs illustrations d’ouvrages.

Elle se lie également d’amitié avec le sculpteur Stanislas Jeanjeorge et sa femme (1989), fréquente son atelier à Tourrettes sur Loup et y accroche ses toiles en permanence plusieurs années. Ses créations habitent à présent la femme dans son rapport au corps, à l’intime et à l’Umwelt, au monde environnant. Elles procèdent d’un effacement, révélant son désir de dissoudre l’image du corps et de l’objet comme soumis à l’usure du temps.

En 1995, Marème Malong la ramène en Afrique, sa terre natale, pour une exposition personnelle inaugurale de la galerie Mam qu’elle ouvre à Douala, au Cameroun. Cette collaboration passionnée et ce retour sur le lieu de son enfance s’essaiment en de nombreuses œuvres sur le continent (Dakar, 1998), à Paris (1999) et sur la Côte d’Azur (Menton, 2003).

Le Peintre Michel Gaudet l’encourage et lui propose plusieurs projets. Elle participe à de nombreuses expositions et rencontres d’artistes, en galerie comme en musée en Europe (France, Autriche, Italie, Allemagne, Belgique, Hongrie, République Tchèque, Espagne). Gérard Eppelé qui la soutient depuis la Villa Arson, la guide et l’expose. Débute également une longue collaboration avec Patricia Civel qui dirige l’Art Tisse, à Valbonne. Elle présente deux expositions personnelles : « La part du feu »(2004) et « Le voile levé » (2007) qui mène le spectateur à porter un regard décalé sur la beauté.

Ses premières approches de la lithographie sur plaque (2001-2003) sont réalisées à l’atelier « Litho Art » à Vence, où l’entraîne Emmanuelle Renard. Quelques années plus tard, Jette et Per Hansen l’accueillent à « Blue Dog litho », leur atelier de lithographies récemment ouvert à Bargemon. Une amitié grandissante donne naissance à un série d’édition de lithographies et d’expositions à l’atelier et au Danemark Sophiendal (2012), Munken (2011-2014). Elle fait la connaissance de la galiériste, Pia Juel Verland (en 2013).

En 2012, Claudie Poinsard est confronté à la maladie. De nouvelles œuvres émergent, écho d’un nouveau séjour dans son pays natal (en 2013). Elles donnent à voir des personnages féminins suspendus sur le fil de la vie, esseulés et mouvants, saisis dans leur quotidien, se dédoublant, se multipliant, faisant face à la vacuité du monde.

Déjà d’autres projets se profilent. Elle entre à l’AIAP Unesco Monaco et participe régulièrement à des expositions internationales. Simone Dibo Cohen, présidente de l’UMAM, qui l’a exposée en 1998, sur le thème « Femmes-femmes » conjointement à la Galerie Vecchio à Cannes, lui propose un « hommage à Jean Moulin ». Pour ce projet, elle élabore un corpus d’œuvres singulières où des corps décharnés côtoient des esquisses de maisons abandonnées.

Elle intègre la plateforme MAD en 2014. Cet espace d’expression artistique vient de prendre corps en Afrique sous l’égide de trois figures renommées de l’art contemporain sur le continent : Aissa DIONE (Galerie ATISS, Dakar), Illa DONWAHI (Fondation DONWAHI, Abidjan) et Marème SAMB MALONG (Galerie MAM, Douala). Claudie Poinsard participe à cette première édition : Figuration en 3 x 3, Francophonie 2014 à Dakar ; Earth and Dreams, Douala (exposition personnelle) et Abidjan (avec Salifou Lindou) en 2015.

Galerie BARTOLI – Juin 2015 – Marseille France